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Le verdict de la dernière grande étude de la Dares (basée sur l’enquête nationale Oripa) est sans équivoque : 8 apprentis sur 10 déclarent préférer les périodes passées en entreprise à celles passées en centre de formation.
Cette donnée, loin d'être un désaveu pour les organismes de formation, met en lumière une réalité sociologique et pédagogique essentielle : le besoin d’action, d’immersion et de concrétisation professionnelle des jeunes qui choisissent la voie de l’alternance.
Pour les CFA et les écoles professionnelles, ce constat ne doit pas être perçu comme une critique, mais comme un formidable levier d'engagement. Comment décrypter cette préférence et, surtout, comment les centres de formation peuvent-ils s'appuyer dessus pour transformer l'expérience pédagogique en classe ? Regardons les chiffres de plus près.
L’étude de la Dares montre que l'enthousiasme pour l'entreprise reste massif, et ce, même lorsque les conditions de travail sont exigeantes (exposition au bruit, contraintes thermiques ou physiques propres à certains métiers du bâtiment ou de bouche). Pourquoi un tel plébiscite ?
Face à cette dynamique, le défi des CFA n'est pas de rivaliser avec le terrain, mais de devenir le laboratoire où l'on prend du recul sur ce terrain.
Si les apprentis préfèrent le terrain, c'est souvent parce qu'ils ont du mal à percevoir le lien direct entre les cours théoriques et leur quotidien professionnel. Pour réenchanter le temps passé en centre de formation, plusieurs pistes constructives s’offrent aux équipes pédagogiques :
Au lieu d'imposer un programme descendant, l'idéal est de co-construire les séances à partir des situations réelles vécues par les jeunes chez leurs employeurs. Un problème technique rencontré à l'atelier ou une situation client en magasin devient le cas pratique étudié en cours. La théorie ne précède plus l'action : elle vient l'expliquer et l'optimiser.
Puisque les apprentis valorisent leur statut de jeunes professionnels, l'environnement du CFA doit refléter cette maturité. Cela passe par des espaces de travail collaboratifs, une posture de formateurs-mentors plutôt que de professeurs rigides, et l’utilisation d'outils digitaux interactifs.
L'étude souligne que la réalité du terrain peut parfois être rude (pénibilité, rythmes intensifs). Le CFA a un rôle crucial à jouer : être un espace de parole sécurisé où l'apprenti peut analyser ses conditions de travail, comprendre les normes de sécurité, et apprendre à préserver sa santé professionnelle future. C'est ici que l'école apporte une valeur ajoutée humaine et protectrice que l'entreprise n'a pas toujours le temps d'offrir.
La préférence des apprentis pour l'entreprise n'est pas un problème, c'est le moteur même de l'alternance ! Pour les CFA et les écoles professionnelles, l'enjeu de demain est de réussir à faire la transition parfaite entre ces deux mondes.
En transformant les centres de formation en "hubs" d'analyse de pratiques et d'innovation pédagogique, les écoles prouvent leur valeur indispensable : celle de donner du sens, de la hauteur et une diplomation à l'expérience brute du terrain.